Caroline Tillette actress actrice comédienne / Albertine | Saint-Jean de la Haise | A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011

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Caroline Tillette / Albertine

Micha Lescot / Marcel / Le narrateur

Saint-Jean de la Haise

A la recherche du temps perdu / Marcel Proust

Nina Companeez 2011

Caroline Tillette actress actrice comédienne / Albertine / Micha Lescot | Saint-Jean de la Haise | A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011
Caroline Tillette actress actrice comédienne / Albertine | Saint-Jean de la Haise | A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011
Caroline Tillette actress actrice comédienne / Albertine | Saint-Jean de la Haise | A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011
Caroline Tillette actress actrice comédienne / Albertine | Saint-Jean de la Haise | A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011
Caroline Tillette actress actrice comédienne / Albertine | Saint-Jean de la Haise | A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011
Micha Lescot / A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011
A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011
Micha Lescot / A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011
Caroline Tillette actress actrice comédienne / Albertine | Saint-Jean de la Haise | A la recherche du temps perdu / Marcel Proust / Nina Companeez 2011

 

Marcel Proust : "Quand Albertine trouvait plus sage de rester à Saint-Jean de la Haise pour peindre, je prenais l'auto, et ce n'était pas seulement à Gourville et à Féterne, mais à Saint-Mars-le-Vieux et jusqu'à Criquetot que je pouvais aller avant de revenir la chercher. Tout en feignant d'être occupé d'autre chose que d'elle, et d'être obligé de la délaisser pour d'autres plaisirs, je ne pensais qu'à elle. Bien souvent je n'allais pas plus loin que la grande plaine qui domine Gourville, et comme elle ressemble un peu à celle qui commence au-dessus de Combray, dans la direction de Méséglise, même à une assez grande distance d'Albertine j'avais la joie de penser que, si mes regards ne pouvaient pas aller jusqu'à elle, portant plus loin qu'eux, cette puissante et douce brise marine qui passait à côté de moi devait dévaler, sans être arrêtée par rien, jusqu'à Quetteholme, venir agiter les branches des arbres qui ensevelissent Saint-Jean de la Haise sous leur feuillage, en caressant la figure de mon amie, et jeter ainsi un double lien d'elle à moi dans cette retraite indéfiniment agrandie, mais sans risques, comme dans ces jeux où deux enfants se trouvent par moments hors de la portée de la voix et de la vue l'un de l'autre, et où tout en étant éloignés ils restent réunis. Je revenais par ces chemins d'où l'on aperçoit la mer, et où autrefois, avant qu'elle apparût entre les branches, je fermais les yeux pour bien penser que ce que j'allais voir, c'était bien la plaintive aïeule de la terre, poursuivant, comme au temps qu'il n'existait pas encore d'êtres vivants, sa démente et immémoriale agitation. Maintenant, ils n'étaient plus pour moi que le moyen d'aller rejoindre Albertine, quand je les reconnaissais tout pareils, sachant jusqu'où ils allaient filer droit, où ils tourneraient ; je me rappelais que je les avais suivis en pensant à Mlle de Stermaria, et aussi que la même hâte de retrouver Albertine, je l'avais eue à Paris en descendant les rues par où passait Mme de Guermantes ; ils prenaient pour moi la monotonie profonde, la signification morale d'une sorte de ligne que suivait mon caractère. C'était naturel, et ce n'était pourtant pas indifférent ; ils me rappelaient que mon sort était de ne poursuivre que des fantômes, des êtres dont la réalité, pour une bonne part, était dans mon imagination ; il y a des êtres en effet – et ç'avait été, dès la jeunesse, mon cas – pour qui tout ce qui a une valeur fixe, constatable par d'autres, la fortune, le succès, les hautes situations, ne comptent pas ; ce qu'il leur faut, ce sont des fantômes. Ils y sacrifient tout le reste, mettent tout en oeuvre, font tout servir à rencontrer tel fantôme. Mais celui-ci ne tarde pas à s'évanouir ; alors on court après tel autre, quitte à revenir ensuite au premier. Ce n'était pas la première fois que je recherchais Albertine, la jeune fille vue la première année devant la mer. D'autres femmes, il est vrai, avaient été intercalées entre Albertine aimée la première fois et celle que je ne quittais guère en ce moment ; d'autres femmes, notamment la duchesse de Guermantes. Mais, dira-t-on, pourquoi se donner tant de soucis au sujet de Gilberte, prendre tant de peine pour Mme de Guermantes, si, devenu l'ami de celle-ci, c'est à seule fin de n'y plus penser, mais seulement à Albertine ? Swann, avant sa mort, aurait pu répondre, lui qui avait été amateur de fantômes. De fantômes poursuivis, oubliés, recherchés à nouveau, quelquefois pour une seule entrevue, et afin de toucher à une vie irréelle laquelle aussitôt s'enfuyait, ces chemins de Balbec étaient pleins. En pensant que leurs arbres, poiriers, pommiers, tamaris, me survivraient, il me semblait recevoir d'eux le conseil de me mettre enfin au travail pendant que n'avait pas encore sonné l'heure du repos éternel.

Je descendais de voiture à Quetteholme, courais dans la raide cavée, passais le ruisseau sur une planche et trouvais Albertine qui peignait devant l'église toute en clochetons, épineuse et rouge, fleurissant comme un rosier. Le tympan seul était uni ; et à la surface riante de la pierre affleuraient des anges qui continuaient, devant notre couple du XXe siècle, à célébrer, cierges en mains, les cérémonies du XIIIe. C'était eux dont Albertine cherchait à faire le portrait sur sa toile préparée et, imitant Elstir, elle donnait de grands coups de pinceau, tâchant d'obéir au noble rythme qui faisait, lui avait dit le grand maître, ces anges-là si différents de tous ceux qu'il connaissait". 

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Marcel Proust, Translated from the French by C. K. Scott Moncrieff : "When Albertine thought it better to remain at Saint-Jean de la Haise and paint, I would take the car, and it was not merely to Gourville and Féterne, but to Saint-Mars le Vêtu and as far as Criquetot that I was able to penetrate before returning to fetch her. While pretending to be occupied with anything rather than herself, and to be obliged to forsake her for other pleasures, I thought only of her. As often as not I went no farther than the great plain which overlooks Gourville, and as it resembles slightly the plain that begins above Combray, in the direction of Méséglise, even at a considerable distance from Albertine, I had the joy of thinking that if my gaze could not reach her, still, travelling farther than in my vision, that strong and gentle sea breeze which was sweeping past me must be flowing down, without anything to arrest it as far as Quetteholme, until it stirred the branches of the trees that bury Saint-Jean de la Haise in their foliage, caressing the face of my mistress, and must thus be extending a double tie between her and myself in this retreat indefinitely enlarged, but without danger, as in those games in which two children find themselves momentarily out of sight and earshot of one another, and yet, while far apart, remain together. I returned by those roads from which there is a view of the sea, and on which in the past, before it appeared among the branches, I used to shut my eyes to reflect that what I was going to see was indeed the plaintive ancestress of the earth, pursuing as in the days when no living creature yet existed its lunatic, immemorial agitation. Now, these roads were no longer, simply the means of rejoining Albertine; when I recognised each of them in their uniformity, knowing how far they would run in a straight line, where they would turn, I remembered that I had followed them while I thought of Mlle, de Stermaria, and also that this same eagerness to find Albertine I had felt in Paris as I walked the streets along which Mme. de Guermantes might pass; they assumed for me the profound monotony, the moral significance of a sort of ruled line that my character must follow. It was natural, and yet it was not without importance; they reminded me that it was my fate to pursue only phantoms, creatures whose reality existed to a great extent in my imagination; there are people indeed — and this had been my case from my childhood — for whom all the things that have a fixed value, assessable by others, fortune, success, high positions, do not count; what they must have, is phantoms. They sacrifice all the rest, leave no stone unturned, make everything else subservient to the capture of some phantom. But this soon fades away; then they run after another, prepared to return later on to the first. It was not the first time that I had gone in quest of Albertine, the girl I had seen that first year outlined against the sea. Other women, it is true, had been interposed between the Albertine whom I had first loved and her from whom I was scarcely separated at this moment; other women, notably the Duchesse de Guermantes. But, the reader will say, why give yourself so much anxiety with regard to Gilberte, take so much trouble over Madame de Guermantes, if, when you have become the friend of the latter, it is with the sole result of thinking no more of her, but only of Albertine? Swann, before his own death, might have answered the question, he who had been a lover of phantoms. Of phantoms pursued, forgotten, sought afresh sometimes for a single meeting and in order to establish contact with an unreal life which at once escaped, these Balbec roads were full. When I thought that their trees, pear trees, apple trees, tamarisks, would outlive me, I seemed to receive from them the warning to set myself to work at last, before the hour should strike of rest everlasting.

I left the carriage at Quetteholme, ran down the sunken path, crossed the brook by a plank and found Albertine painting in front of the church all spires and crockets, thorny and red, blossoming like a rose bush. The lantern alone shewed an unbroken front; and the smiling surface of the stone was abloom with angels who continued, before the twentieth century couple that we were, to celebrate, taper in hand, the ceremonies of the thirteenth. It was they that Albertine was endeavouring to portray on her prepared canvas, and, imitating Elstir, she was laying on the paint in sweeping strokes, trying to obey the noble rhythm set, the great master had told her, by those angels so different from any that he knew". 

 

Caroline Tillette Actress Actrice Comédienne Photo Maurizio Pighizzini